À la recherche d’une vie meilleure 

Katie Shistowski avait neuf ans quand elle a quitté son Ukraine natale pour le Canada. De la vie de ferme à la vie en ville, cette résidente d’Actionmarguerite Saint-Joseph partage son histoire au Canada.

1929. Un bateau arrivant d’Europe se rapproche de la côte est canadienne. À son bord se trouve la jeune Katie Shistowski avec ses parents et ses sœurs. « Pour moi, être en Ukraine ou au Canada ne faisait aucune différence, se souvient la résidente. J’étais enfant, et en ce temps-là, tout allait bien tant que j’avais des bonbons! »

Une fois sur la terre ferme, la famille embarque dans un train en direction du Manitoba. « Mon père avait acheté une ferme près d’Elphinstone. Il possédait une demi-section, soit 280 acres de terre. J’y ai grandi avec mes cinq sœurs. On faisait la récolte, on conduisait les chevaux. Tout le monde avait toujours quelque chose à faire, c’était les ordres de mon père. Nous étions une famille de travailleurs, et mes sœurs et moi avons été très bien élevées. »

À 16 ans, le père de Katie Shistowski la retire de l’école pour qu’elle puisse travailler à la ferme à temps plein. « Quand il m’a dit que je ne retournerais plus à l’école, j’ai beaucoup pleuré. J’étais toujours la meilleure de ma classe. Quand je suis arrivée au Canada, je sortais de 4e année, mais ils m’ont remise en 1re année. J’ai travaillé très dur, et pendant deux ans, j’ai complété deux années scolaires en une seule année. »

En 1942, Katie Shistowski se marie. « J’étais fille de fermier, et je suis devenue épouse de fermier. J’ai eu deux fils, à un an d’intervalle. Ils nous aidaient avec la ferme en grandissant. L’un d’eux était très sage, l’autre très rapide! Malheureusement, il est décédé il y a trois ans », confie-t-elle.

Alors que les enfants sont encore à la maison, la famille de quatre s’installe à Winnipeg en 1956. « La vie à la ferme devenait de plus en plus difficile. Nous voulions une meilleure vie pour notre famille, alors nous avons vendu la ferme et posé nos valises à Winnipeg. Au début, la vie de la ferme me manquait. Mais jamais autant que l’école! Arrêter l’école si tôt, c’est vraiment l’un de mes plus grands regrets. »

En ville, Katie a utilisé son temps pour élever ses deux garçons. « Je n’ai jamais eu un emploi comme les autres filles. Je ne suis jamais allée à la banque pour déposer un chèque. Je n’ai même jamais reçu de salaire. Mais je n’en ai jamais eu besoin. J’avais tout ce que je voulais, et tout ce dont j’avais besoin. »

Pour s’occuper, Katie cuisine et s’occupe de son jardin. « J’avais un très beau jardin, et j’en prenais soin. J’avais toujours quelque chose à faire. J’étais aussi une excellente cuisinière et pâtissière. Je faisais du pudding au chocolat à partir de rien, des gâteaux au chocolat, des gâteaux à la pomme, des tartes au citron.

« Je faisais aussi des recettes ukrainiennes, comme les perogies ou les boulettes de viande. Parfois, mon mari nous demandait ce que nous voulions manger, et il partait le chasser! À son retour, je cuisinais ce qu’il avait rapporté. »

En 1971, Katie Shistowski et son mari partent s’installer à Vancouver. « Nous y sommes restés pendant 28 ans. Là-bas aussi, je cuisinais et je m’occupais de mon jardin. Quand mon mari est décédé en 1999, j’ai acheté une maison à Winnipeg et je suis revenue m’installer dans la province où j’avais grandi. J’y suis restée jusqu’en 2013, puis je suis arrivée à Actionmarguerite Saint-Joseph. »

Un optimisme à toute épreuve

À la résidence Actionmarguerite Saint-Joseph, Deolinda Arruda est un rayon de soleil. Toujours de bonne humeur, elle aime la vie et partage son enthousiasme avec tous les résidents qui croisent son chemin. Malgré la maladie et les difficultés de la vie, son optimisme est toujours au beau fixe.

Cette attitude de battante, la résidente l’a depuis de nombreuses années. « Je suis venue au Canada il y a 46 ans pour avoir une meilleure vie. Ça n’a vraiment pas été facile de quitter mon pays, le Portugal. Mais j’ai construit ma vie ici, avec mon mari et mes deux enfants. J’ai tout ce qu’il me faut. »

Mariée à 17 ans, elle s’envole pour le Canada un an plus tard. « Pour pouvoir se marier si jeune, les parents devaient signer une autorisation. Je savais que j’avais trouvé un homme merveilleux. Peu de temps après notre mariage, il a émigré au Canada. Je l’ai rejoint un an plus tard avec ma fille ainée, qui était encore un bébé. »

Deolinda Arruda se souvient encore de son arrivée au Canada. « J’ai atterri à l’aéroport de Montréal. J’ai changé d’avion, et je suis arrivée à Winnipeg. C’était l’été. Il faisait tellement chaud! Ma fille pleurait dans l’avion. Et je ne parlais pas anglais. J’ai tout appris des livres, de la télévision et de mes collègues de travail. Quand je ne connaissais pas un mot, je demandais sa signification. Il n’y a pas d’âge limite pour apprendre. »

Tout au long de sa vie, Deolinda Arruda a travaillé dur. « J’ai commencé par travailler dans une usine de la compagnie Great Western Garment. Je cousais les boucles des pantalons à la machine. Ensuite, j’ai fait des travaux de ménage, puis je suis partie travailler dans une autre usine. J’y suis restée pendant plus de 20 ans. J’ai été superviseure adjointe, mais il y avait trop de responsabilités alors je suis passée au repassage. »

Dans sa vie, Deolinda Arruda est retournée deux fois dans son pays natal. « Le Portugal était tellement magnifique quand j’y ai voyagé! Ça m’a fait beaucoup de bien. Quand j’ai commencé à tomber malade, je n’ai plus été en mesure de voyager. »

Il y a 14 ans en effet, Deolinda Arruda a fait deux accidents vasculaires cérébraux (AVC). « Je m’en suis remise, et les choses se sont arrangées pendant un temps. Puis les autres maladies sont arrivées. J’ai l’impression d’avoir eu tout ce qui était possible d’avoir. Un jour, je suis rentrée chez moi. J’ai fait mes tâches ménagères, et j’ai dit à mon mari que je ne me sentais pas bien. Il m’a dit de me reposer, puis il a appelé de l’aide. Depuis, je suis en fauteuil roulant. »

Il y a deux ans, l’état de santé de Deolinda Arruda s’est encore dégradé. « J’ai des troubles épileptiques. Je suis allée voir un spécialiste avec ma fille. Il y avait son bureau, et une chaise dans le coin pour que je m’asseye. Ma fille s’est assise à mes côtés. Il m’a regardé et a dit : Vous souffrez de troubles épileptiques. Vous ne pouvez plus vous préparer une tasse de thé toute seule. »

À présent, Deolinda Arruda a besoin de soins quotidiennement. « La résidence est devenue ma deuxième maison. Tous les six mois, un spécialiste vient injecter du botox dans mon bras. Je ne pourrais pas avoir ce soin si j’étais chez moi. Ça coûte très cher, et ce sont des soins qui ne sont pas remboursés par le gouvernement. »

La famille de Deolinda Arruda lui rend visite régulièrement. « J’ai deux enfants et quatre petits-enfants qui viennent souvent me voir. Au début, mon mari venait deux fois par jour. En ce moment, il est malade et hospitalisé, mais son docteur a dit que son état de santé allait en s’améliorant. »

Deolinda Arruda reste positive. « Il y a des bons jours et des jours un peu moins bons, mais il faut continuer à avancer. Je suis en vie, c’est déjà une très bonne chose. Je sais que je suis malade, mais je ne me laisse pas abattre. Dieu m’a placée dans cette résidence pour une raison : remonter le moral de tout le monde. Alors c’est ce que je fais, et ça me rend heureuse. »

La vie de l’autre côté de l’océan 

La résidence Actionmarguerite Saint-Joseph accueille plus d’une centaine de résidents d’origines diverses. Canada, Ukraine, Portugal, ils ont traversé des océans pour venir faire leur vie au Canada. Et derrière les portes des chambres se cachent des histoires fascinantes de voyage, de famille, de passion, d’amour, mais aussi une variété d’expériences de vie que les résidents se font un plaisir de partager.

Margaret Bell est arrivée au Canada d’Angleterre il y a un demi-siècle. « Je suis née en Angleterre, où j’ai grandi et étudié pour devenir infirmière. Il a fallu que j’attende d’avoir 17 ans pour pouvoir commencer l’école d’infirmière près de Newcastle. J’ai rencontré celui qui allait devenir mon mari, et nous nous sommes mariés. Il travaillait à la rédaction d’un journal et étudiait pour devenir ingénieur. »

Une fois ses études terminées, le mari de Margaret Bell obtient un emploi en Ontario. « Il devait partir travailler dans les mines. On venait juste de se marier, et j’étais enceinte de mon premier enfant. Comme j’étais fille unique, mes parents ont eu du mal à me laisser partir. Mais j’ai fait mon sac, et je l’ai rejoint en Ontario, enceinte de six mois. Là-bas, J’ai commencé à travailler comme infirmière dans un hôpital, puis mon premier fils est né. »

La jeune famille se déplace ensuite plusieurs fois dans la province. « Nous avons tout d’abord vécu dans le village minier de Timmins. C’était ma première fois au Canada, et j’ai trouvé que c’était un pays étrange. À Timmins, on avait l’impression de vivre dans un film de cowboys.

« Puis mon mari a obtenu un emploi d’ingénieur dans la région de Midland. C’était vraiment un bel endroit, et nous y étions très heureux. Nous avions une belle petite maison avec des arbres fruitiers autour. J’étais prête à m’y installer pour toujours. »

La vie en décide autrement, et Margaret suit son mari au Manitoba. Ils ont alors trois fils. « Il a quitté les mines pour venir travailler comme ingénieur en efficacité à Thompson. J’étais très triste de quitter la région de Midland. Nous sommes restés longtemps à Thompson. C’est là que ma fille est née. Je travaillais comme infirmière à l’hôpital. Parfois nous devions nous rendre dans des réserves de Premières Nations en avion pendant l’hiver. C’était une expérience très intéressante. »

La famille de six finit par s’établir à Winnipeg. « J’ai continué à travailler comme infirmière jusqu’à la retraite. C’est quelque chose que j’ai toujours aimé faire. J’ai travaillé principalement au bloc opératoire, ainsi que dans la pouponnière. Quand j’ai pris ma retraite à Winnipeg, il y a eu une grosse fête. »

En 50 ans, Margaret a revu l’Angleterre plus d’une fois. « J’ai fait plusieurs fois le voyage pour retourner chez moi, mais je n’étais vraiment pas impressionnée par ce que je voyais là-bas! Je pense que je m’étais habituée à vivre au Canada. Ce sont deux pays vraiment très différents. »

Toute sa vie, Margaret Bell a suivi son mari. Quand il est décédé, elle a vécu seule pendant un temps. « J’avais l’habitude de prendre soin de moi. Quand ma santé a commencé à se dégrader, j’ai eu des soins à domicile. Mais comme j’avais de l’arthrose dans les jambes, je tombais souvent. J’avais besoin de plus d’assistance, alors mon fils ainé a cherché une résidence pour ainés. Il les a toutes visitées pour trouver celle dans laquelle je serais la plus heureuse. Ça fait maintenant presque trois ans que je vis à Actionmarguerite Saint-Boniface. »