Seconde Guerre mondiale, inondation de 1950, visite de la Reine Elisabeth II, arrivée, départ, puis retour des Jets de Winnipeg, Denis Weicker a tout vu. Né en octobre 1918 à Notre-Dame-de-Lourdes, le résident d’Actionmarguerite Saint-Vital a vécu le déroulement de presqu’un siècle d’Histoire.

La famille de Denis Weicker est originaire d’Europe. « Mes grands-parents sont arrivés de France et du Luxembourg, et mes parents sont nés ici. Mon père est décédé en 1927. Ma mère s’est remariée deux ans plus tard. Le français est ma première langue, mais j’ai commencé à parler l’anglais très jeune. »
Le résident a grandi à la ferme, et garde de nombreux souvenirs de son enfance. « La vie était bien moins chère à l’époque. On pouvait acheter un cochon ou une vache pour moins de 20 $! Quand j’étais jeune, l’école où j’allais a brûlé, alors je suis devenu élève à l’école Jeanne d’Arc School. L’enseignante y gagnait 16 $ par mois. De la ferme, je devais juste traverser la rue. Je suis allé à l’école jusqu’à la 7e année, puis j’ai aidé ma mère avec son restaurant à Notre-Dame. »
En 1940, Denis Weicker rentre dans l’armée. « J’ai été formé à Brandon et à Vancouver, dans le 28e Commandement du Pacifique. J’ai été libéré des forces en 1943 parce que je souffrais de fièvre rhumatismale. » Marié le 22 septembre 1942, il emménage à Winnipeg avec son épouse originaire de Saint-Lupicin.
« J’ai commencé à travailler dans des hôtels. Je servais des bières au Mall Hotel, à dix centimes le verre. Puis je suis passé au St Vital Hotel, où je m’occupais du bar et de la caisse. » Denise, sa fille aînée, se souvient : « Ma sœur et moi passions tous nos dimanches à l’hôtel, à courir partout pendant que nos parents travaillaient. »
Denis Weicker a ensuite fait fonctionner des machines pour nettoyer les vêtements, avant de devenir livreur de lait. « Le samedi, il nous emmenait avec lui, se remémore Denise. En ce temps là, les livraisons se faisaient à chariot tiré par cheval. »
Cet emploi l’a d’ailleurs amené à aller livrer du lait en bateau lors de l’inondation de 1950. « Quand j’ai vu que le niveau de l’eau montait vraiment haut, j’ai envoyé ma famille à Notre-Dame et je suis resté à Winnipeg, se rappelle Denis Weicker. J’ai continué à livrer du lait dans les zones inondées avec un bateau qui servait aussi de taxi. »
En 1963, Denis Weicker devient steward pour la compagnie ferroviaire CNR. « J’ai voyagé à Montréal, à Toronto, à Vancouver, à Churchill… » Et quand la Reine Elizabeth II est venue visiter le Manitoba à l’occasion du Centenaire de l’entrée du Manitoba dans la Confédération canadienne, il a travaillé dans le train qui transportait la monarque.
« J’ai dû prendre des cours pour pouvoir travailler autour de la Reine. On n’avait pas le droit de lui adresser la parole. Il y avait deux trains : un qui transportait la famille royale, et un qui transportait les journalistes. J’étais assigné au train des journalistes, mais j’ai tout de même réussi à voir la Reine. Elle avait l’air très jeune! »
Denis Weicker a par la suite ouvert son propre hobby shop sur l’avenue Taché. « Mon beau-père faisait de la menuiserie. À 21 ans, je fabriquais déjà des choses. Dans ma boutique, je faisais aussi du travail artisanal à l’aiguille. J’ai construit des nichoirs, des horloges, des mangeoires, ou encore fait des gravures. J’étais très bon en travail manuel, et j’ai reçu deux rubans à des concours nationaux de menuiserie. »
Lorsqu’il a pris sa retraite, Denis Weicker a emménagé avec sa fille Denise, chez qui il est resté pendant 12 ans. « Il allait au Centre Taché, aujourd’hui Actionmarguerite Saint-Boniface, tous les vendredis pour faire des exercices, raconte-t-elle. Nous lui avions aussi installé une cabane dans le jardin pour qu’il puisse continuer la menuiserie. »
Denis Weicker est arrivé à Actionmarguerite Saint-Vital le 11 janvier 2018, sept ans après son épouse atteinte d’Alzheimer. « J’ai fêté mes 100 ans en octobre!, s’exclame le résident. Je regarde beaucoup de sport, surtout la lutte et les Jets. Je mange beaucoup de chocolat, et j’adore la soupe et la root beer de A&W. »